Vitrail de la cathédrale de Bourges

L'étrange voyage des âmes de Lazare et du riche

 

Ce vitrail composé de septs rangées de médaillons nous compte, sur ses quatre dernières, l'étrange histoire des l'âmes du pauvre Lazare et du riche, son voisin.

Ce récit est tiré de l'évangile de Jésus-Christ selon saint Luc, au chapitre 16, versets 19 à 31.

 

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La moitié supérieure de ce vitrail traite de Lazare et du riche. La lecture se fait de bas en haut. Les quatre rangées inférieures de ce vitrail montrant les corporations de bâtisseurs du moyen-âge seront vues plus loin.

 

Saint Luc : "Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux ..."

 

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Le riche et sa femme sont assis à la table du banquet. Des serviteurs s'affairent. Une belle nappe reçoit la vaisselle d'or composée de pot, coupe et pichet. Un large collier d'or orne le cou de la femme du riche. Lui-même porte un collier d'or. L'homme et la femme regardent en direction du pauvre Lazare. La main gauche du riche montre Lazare du doigt, au bord droit du vitrail.

 

Saint Luc : "... Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, mais c'était plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies ..."

 

Le voici, Lazare, sous les traits d'un lépreux. Une béquille sous son aisselle gauche l'aide à marcher, car la terrible maladie l'invalide déja. Sa peau est entièrement recouverte de pustules que deux chiens, charitablement, lêchent. De sa main droite Lazare, le lépreux, agite une sorte de crécelle, instrument en bois munis de volets mobiles que tout lépreux doit agiter, avertissant ainsi de sa venue. Une gourde est son unique bien.

 

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L'histoire de Lazare est ici dramatisée pour exacerber la différence entre lui et le riche. Le riche ne donne pas les miettes du festin à Lazare, alors que les chiens, qui sortent de la maison du riche, portent secours au lépreux. Quelle dureté de coeur de la part du riche et de son épouse !

 

 

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Pendant que les chiens appaisent les souffrances de Lazare, un serviteur, au montant gauche du vitrail, apporte au riche et à sa femme un vase en or. Renferme-t-il un onguent, un parfum ? Un pot à deux anses, posé sur une tablette, contient sans doute un vin fin.

 

Le texte de saint Luc se poursuit : "... Or, le pauvre mourut, et les anges l'emportèrent auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi, et on l'enterra..."

 

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A gauche le riche est alité. C'est la nuit. Une lampe à huile est supendue. Il est torse nu, sa tête couverte d'un tissu roulé. Sans doute est-il malade, une forte fièvre l'a saisi. Sa femme ajuste un coussin derrière sa nuque. Il va mourir.

Au dessus de sa tête un diable vert, ailé, à tête rouge, s'avance en tenant à deux mains un grappin. Ce crochet permet de se saisir de l'âme qui va jaillir du corps, lors du décès imminent. La femme est en chemise de nuit.

 

 

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Au milieu du vitrail le riche meurt, rendant son âme avec son dernier souffle.

 

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La mort est comme un accouchement au ciel, qui se fait par la bouche. L'âme, figurée de manière classique en enfant nu, sort par celle-ci, portée par le dernier souffle, véhicule de la Vie. Deux diables cornus s'en saisissent, aidé du grappin. Au centre l'épouse du riche se lamente, sachant que sa condition se renverse. A droite son serviteur commence à dépouiller son maitre à peine décédé : il dérobe  les rideaux en tissu précieux ainsi qu'un vase en or.

L'âme de Lazare, quant à elle, est recueillie à son dernier souffle par un ange, sur un drap immaculé. Cette âme est comme un joyau précieux que l'ange est venu chercher. Cette belle âme montre un visage serein, tourné vers nous. Ses mains sont en offrande.

 

 

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Pour l'âme du riche, c'est l'enfer !

 

Saint Luc : "... Au séjour des morts il était en proie à la torture. Il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui. Alors il cria : "Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise."

 

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L'âme du riche souffre dans la fournaise

 

 

 

Le riche est enfermé dans une prison de verre, d'où s'échappent des flammes, sur son flanc et à l'intérieur. Assurément la fournaise est ardente. Un diable à tête jaune maintient fermement avec une tige métallique l'âme du riche dans le brasier.

Cette âme est consumée. La main gauche de l'âme est tendue en un geste d'attente. La main droite pointe son immense index vers sa langue. L'âme du riche à terriblement soif d'eau, d'eau de Vie, afin d'éteindre ce brasier qui la consume. Mais Abraham ne l'entend pas ainsi.

"Mon enfant, répondit Abraham, rappelle toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c'est à ton tour de souffrir..."

L'outrecuidance de l'âme du riche est totale. En effet, il s'adresse directement à Abraham, considérant l'âme de Lazare comme un simple serviteur, prêt à obéir aux injonctions du riche !

 

Le riche ne considère toujours pas Lazare comme une personne à part entière, comme son alter ego, sur un plan divin. Or, là est bien le mal. Ce n'est pas la richesse du riche, qui est condamnable, c'est sa non reconnaissance de l'entité de Lazare, qui est pourtant son égal, son autre lui-même, son frère en humanité, son frère en incarnation. Certes, la richesse du riche a dû lui fermer le coeur, mais elle n'en est pas seule responsable. Nous voyons ailleurs à Bourges, dans le vitrail du Bon Samaritain, un riche marchand s'occuper d'un homme blessé, abandonné de tous, car son coeur est ouvert.

 

Saint Luc continue : "...De plus, un grand abîme a été mis entre nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous."

 

 

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Un grand abîme est mis entre les âmes mauvaises et les âmes pures. Celà signifie qu'après la mort, à la naissance dans l'au-delà, des lieux différents existent. L'âme des mauvais est jetée dans un lieu éloigné, profond, d'où nul ne remonte. C'est un lieu où l'on "tombe", car on est lourd, lourd d'actes mauvais, de pensées mauvaises. Il existe donc une "gravité", au sens  physique du terme, pour ces âmes mauvaises.

 

Nous voyons deux âmes mauvaises, dans le médaillon central de cette rangée. La première finit sa chute en tombant dans le chaudron. Elle est, certainement, celle du riche au coeur fermé. A sa droite une autre âme mauvaise boit un liquide doré qu'un diable lui donne à l'aide d'une  louche métallique. C'est de l'or en fusion que boit cette âme mauvaise, en réponse ou en continuité de son avidité terrestre.

 

 

Mais où est l'âme de Lazare ?

 

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L'âme de Lazare monte dans un lieu élevé, par l'entremise de deux anges qui la portent dans un linge immaculé.

Une nuée céleste, sous le linge, délimite et définit les deux parties, haute et basse, de ce nouveau monde où arrivent les âmes après leur périple terrestre. Ces parties sont distinctes et séparées "par un abîme infranchissable", comme le dit Abraham au riche.

Cette partie élevée où arrive l'âme de Lazare ne ressemble pas à la partie inférieure. Un ange l'accueille en répandant des parfums célestes, à l'aide d'un encensoir. Un deuxième ange brandit une sorte de tige ou palme, attribut des élus, ou des martyrs, au ciel.

 

Le dernier médaillon de la lancette, tout en haut, montre l'arrivée de l'âme de Lazare. Les anges ont fini leur ascension. Ils remettent cette belle âme, dans son linge, dans les mains du Christ. Il l'élève devant Lui. Le  visage du Christ est de facture byzantine, comme il est courant au XIIème siècle. Un ange encense l'âme de Lazare, tandis que que l'autre ange va le couronner. La scène se passe avec l'approbation de Dieu, figuré encore plus haut. Au faîte de la verrière,  une main céleste sort des nuées et bénit la scène. Nous avons là la main de Dieu, la main du Père.

 

 

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