Cathédrale de Chartres

Le Christ élevé par sept colombes

 

 

Cathédrale de Chartres. Vitrail roman du Christ aux sept colombes

Cathédrale de Chartres. Vitrail roman du Christ porté par sept colombes en haut de l'arbre de Jessé.

 

Surprenant arbre de Jessé que celui figuré sur cette verrière à la fabrication très achevée, datée de 1150. Si la période gothique utilise pleinement cette technique, l'art du vitrail est déja parfaitement mûr à la fin de la période romane comme l'abbaye de Vendôme et la cathédrale de Chartres le prouvent.

L'arbre de Jessé est une vision traditionnelle de la généalogie de la mère du Christ, la Vierge Marie, qui permet de la rattacher aux anciens prophètes, jusqu'au roi David à la harpe d'or.

Mais alors, Jésus, son fils, est-il divin ? Ce vitrail répond par une mise en image originale qui fait écho au débat théologique virulent qui eût lieu sur cette question de fond du christianisme.

 

Lancette de l'Arbre de Jessé, façade ouest de la cathédrale

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Cathédrale de Chartres, vitrail roman. Au sommet de l'arbre de Jessé le Christ est assis sur un trône composé de sept oiseaux, des colombes dont l'auréole de chacune porte des lettres au sens mystérieux.

 

L'arbre de  Jessé est un arbre généalogique avant la lettre. Un tronc sort du ventre du premier prophète, représenté allité. De ce tronc poussent de nouveaux prophètes, tels des ramures successives. Presque au sommet se tient Marie, mère de Jésus. Chacun des personnages est représenté posant ses pieds et ses mains sur le tronc et la ramure, représentant un étage supplémentaire de l'arbre. Le Christ Jésus est le dernier rejeton de cet arbre.

Jésus est traité d'une manière extraordinaire. Regardez attentivement le vitrail : les pieds et les mains de Jésus s'accrochent à l'arbre comme ses prédécesseurs. Cependant sept colombes convergent vers lui, en un vol soutenu. Le prolongement de leur tête, tournée vers Jésus, se termine en ramure venant soutenir les membres de Jésus, ses jambes, le bas du dos, ses omoplates. Ils forment un siège divin de la couleur du ciel.

Jésus est représenté adulte. Ses pieds nus et sa tête nimbée de l'aura crucifère montrent un Jésus ressuscité, Jésus-Christ. Il est revenu à la vie après avoir tué la mort dans ses abymes.

 

Cathédrale de Chartres. Vitrail de l'arbre de Jessé, la colombe du Saint Esprit

Cathédrale de Chartres. Vitrail de l'arbre de Jessé, détail de la colombe du Saint Esprit sur la tête du Christ.

 

La colombe auréolée, qui arrive sur sa tête, est vue de dessus. C'est la représentation de L'Esprit-Saint. Les lettres N T I A S A P s'inscrivent dans la bordure dorée. Leur sens demeure mystérieux.

Encore plus étonnant : les six autres colombes auréolées, figurées de profil, ne sont pas emblématiques de l'Esprit-Saint comme la précédente colombe. Sont-elles là pour indiquer la nature divine de la personne ainsi portée sur un trône, Jésus-Christ ?

Dans chacune des auréoles figurent des lettres. Malheureusement aucun mot n'est identifable.

 

Cathédrale de Chartres. Vitrail de l'arbre de Jessé, colombe soutenant l'omoplate droite.

Cathédrale de Chartres, vitrail de l'arbre de Jessé. Une colombe soutient l'épaule droite du Christ.

 

 

Cathédrale de Chartres, vitrail de l'arbre de Jessé. Une autre colombe soutient l'omoplate gauche du Christ.

Cathédrale de Chartres, vitrail de l'arbre de Jessé. Une autre colombe soutient l'épaule gauche du Christ.

 

Cathédrale de Chartres, vitrail de l'arbre de Jessé. Une autre colombe soutient le mollet droit du Christ.

Cathédrale de Chartres, vitrail de l'arbre de Jessé. Une autre colombe soutient la jambe droite du Christ.

 

Le commanditaire du vitrail exprime ici un symbole très fort. Il traite un point théologique qui fit couler beaucoup d'encre et fut le point de nombreuses interprétations doctrinales divergentes, voire d'hérésie.

Quelle est la nature de Jésus, devenu Christ ? Est-il un simple mortel, est-il de nature exclusivement divine ? Revêt-il les deux natures ensemble ? Ce vitrail, véritable cathéchisme, donne une réponse aux hommes du XIIème siècle. Il enseigne la double nature du Christ, à la fois homme et à la fois Dieu, selon le "Credo" fixé lors du Concile de Nicée, non loin de Constantinople.

Témoin infatigable, fidèle et muet, notre vitrail délivre inlassablement ce message à ceux qui l'interrogent encore aujourd'hui.

 

Hommage soit rendu aux maîtres verriers et au commanditaire de cette merveille, ainsi qu'à la longue chaîne des artisans qui contribuèrent à l'entretien de cet édifice, jusqu'aux importantes restaurations des années 2008 et suivantes, dont notamment ce vitrail.

 

Enfin, arrêtons-nous un instant sur la technique du verre à vitrail des maîtres verriers de cette époque. Contrairement à nos verres industriels, parfaitement lisses et régulièrement teintés dans la masse, les verres à vitraux présentent deux types de défaut qui leur donnent la vie et leur éclat.

La teinture, inégalement fondue et répartie dans la masse du verre, fait naître des lumières différentes pour notre oeil. Ensuite, des bulles d'air sont parfois encloses dans la masse vitreuse. Une température élevée de coulée du verre en est peut-être à l'orgine. Le jeu de lumière qui les traverse en est enrichi. Les photos ci-dessous, des parties de l'auréole bleue claire du Christ perché sur son arbre de Jessé, illustrent ces merveilleux défauts.

 

Cathédrale de Chartres, le fameux "bleu de Chartres" avec ses irrégularités

Cathédrale de Chartres, vitrail de l'auréole du Christ sur l'arbre de Jessé, le fameux "bleu de Chartres". Chacun des morceaux de verre a une bulle d'air dans sa masse.

 

 

Pour poursuivre cette aventure du vitrail, je vous invite à examiner un vitrail roman réputé, la Vierge à l'Enfant de l'abbaye de la Trinité à Vendôme. Exécuté avant ceux de la cathédrale de Chartres, son excellence reconnue dès l'époque gothique et confirmée aujourd'hui l'obligea à se déplacer au Louvre en 2005, à Paris, pour une exposition sur la France romane et ses vitraux.

Vitrail roman de l'abbaye de la Trinité à Vendôme.

Vitrail roman de l'abbaye de la Trinité à Vendôme. Cliquer sur la photo.

 

 

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