Cathédrales gothiques, Paris, Bourges, Lyon, Amiens, Orléans
Cathédrale d'Amiens
Flèche, toiture, arcs-boutants
Avant d'accéder à la toiture, arpentons les arcs-boutants qui ceinturent la nef et l'abside. Nous arrivons ici au chevet. Les arcs-boutants sont évidés au maximum, gagnants en légéreté pour notre regard. Ils ont été restaurés à l'identique. Une restauration très importante a été dirigée par l'architecte, ami de Napoléon III, Viollet-le-Duc.
Arrivé dans l'axe de l'abside, levons les yeux vers la toiture. Elle reste cachée. La disposition rayonnante des arcs-boutants est époustouflante. Génie du gothique qui repousse la matière et les forces à l'extérieur du bâtiment, dégageant ainsi l'intérieur du bâtiment pour qu'il recoive tous les jours un baptême de lumière.
Du chemin de circulation posé sur le triforium, tel un balcon d'intérieur, le volume de la nef s'offre à l'appréciation de notre regard. Cette cathédrale a deux fois le volume intérieur de Notre-Dame de Paris. Sa voûte est la nef gothique la plus haute de France, elle culmine à 43 mètres de hauteur. Beauvais, plus haute, n'a pas de nef.
Au sol, seul le fameux labyrinthe est refait à l'identique en 1894.
Dans le dédale du triforium, caché sous une arcade près de la rosace nord, un étrange petit être se cache dans les feuillages. Le visage couvert d'une capuche est enfantin. Ses pieds sont griffus. Telle est la vouivre, comme l'indique notre guide-compagnon.
La vouivre d'Amiens
Enfin, au pied de la toiture, tournons nous, dos au vide, vers la gigantesque flèche aux deux étages. Elle est édifiée en 1533 suite à la destruction en 1528 par la foudre de la précédente. Cette prouesse des compagnons-charpentiers et couvreurs est sans égale. Les flèches de la cathédrale Notre-Dame de Paris (cliquer pour une visite) et de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans (cliquer pour une visite) sont plus récentes. Erigées en 1858 et 1859 elles sont d'un ouvrage plus léger, quoique remarquable.
Un océan d'ardoises brille sous le soleil. Epoustouflant de beauté. La toiture est entièrement refaite de 1980 à 2007 avec des ardoises de qualité MH, de 8 à 10 mm d'épaisseur.
Pénétrons dans le grand comble, à la croisée des transepts. De la lumière du dehors nous passons aux ténèbres absolus. Au bout d'un temps d'adaptation les yeux distinguent un enchevêtrement de chênes soigneusement équarris. Ils forment à eux seuls une forêt. Un escalier pentu à plusieurs paliers nous emmène au bout des ténèbres, douze mètres plus haut.
Une merveille !
Après les voûtes de pierre des étages inférieurs, nous découvrons, jalousement gardées dans le secret de la nuit, des voûtes de chêne. La lampe de poche, nécessaire pour poser le pied, est impuissante à révêler l'ensemble.
Assemblage titanesque, mais aussi conception titanesque, en trois dimensions, pour les maîtres charpentiers de 1529, les maîtres du trait.
Tournons la tête vers le bas, sans chuter. En fait, seul le noir répond à notre regard qui ne peut saisir la brièveté de l'éclair du flash.
Le bas du poinçon central est juste sur la clé de voute du transept, sans la toucher. Quarante deux mètres plus bas se trouve le dallage du sol de la cathédrale.
Quelle élégance dans ces courbures et emboitements en tenons et mortaises. Nous les retrouverons à l'identique mais recouverts de plomb au plafond des étages supérieurs, ouverts aux vents et inondés de lumière.
Les enrayures se succèdent, marquant les étages internes de la construction de cette partie de la charpente de la flèche, invisible de l'extérieur. Les montants de bois sont cyclopéens. L'oeuvre est grandiose.
Le mât central de la flèche, le poinçon, se compose de plusieurs troncs de chêne, alignés verticalement de manière parfaite. Leur jonction se fait selon une technique particulière, un assemblage bout-à-bout en queue d'aronde, telle deux mains qui entrecroisent leurs doigts.
Un clavetage métallique, posé au XVIIIème, visible sur la photo ci-dessous, assure la pérennité de l'assemblage.
Au fond à droite se distingue un mur de brique. Le carré de la croisée du transept est isolé sur chacune de ses faces de contact avec la nef, le choeur et les deux transepts, par ce mur vertical, conçu comme un coupe-feu. En effet, dans le grand comble de la toiture, le feu est le destructeur redouté, plus que le vent qui peut vriller la flêche et l'abattre ou l'eau de pluie.
A force de tourner, de tatonner en prenant garde de ne pas chuter sur les voûtes, ce labyrinthe de bois nous conduit, essoufflés, à une trappe métallique fermée. Une fois ouverte la lumière nous aveugle durement. Accédons au premier étage extérieur de la flèche, le premier terrasson.
Les photos sont prises au flash. En réalité nous sommes comme dans une cave, dans l'obscurité totale et le silence complet.
Fin de l'escalier en colimançon autour du poinçon central. La lumière éblouit déja, aveuglante.
Une fois les yeux apaisés la ville s'offre à notre regard. L'échine majestueuse de la toiture court sur ses flancs pentus recouverts d'ardoise.
Vue du transept nord. Le haut de son mur, côté est, est en réfection. Fleurs de lys en plomb sur le faîtage.
Vue vers l'est, le choeur. Le chemin de circulation dans les chenaux des grands combles côté sud est différend de celui côté nord. La pente extrême de la toiture garantie l'évacuation de la neige.
Hommage ...
Hommage aux restaurateurs de la cathédrale. Eugène Viollet-le-duc est au côté de Mme Sureda, sa collaboratrice, et des frères sculpteurs amiénois Aimé et Louis Duthoit. Ces sculptures sont au fond de la chapelle d'axe, à l'est, invisibles car au dos de l'autel néogothique.
Suite de la visite de la flèche à la page suivante. Vous y découvrirez les plaques commémoratives des compagnons couvreurs ou charpentiers. Vous monterez ensuite au deuxième étage, terrasson, de la flêche. Attention au vertige.
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